B.S. Johnson – « Chalut »

Soyons honnête : il m’emmerde ce Trump et cette manie que j’ai de me sentir responsable de toute la misère du monde. Enfin non, ce n’est pas ça, c’est plutôt que je me dis : et si… et si, il y avait quelque chose à faire, et si c’était une occasion   .   .   .   Oui mais une occasion de quoi ? Je ne sais pas, juste une occasion que les choses changent, que le monde change. Ouais, ça y est, t’es encore retombée dans tes vieux schémas, tu penses encore que t’as une mission, que tu dois changer le monde. Mais atterri nom d’une pipe, lâche tout ça, occupes toi d’abord de ton propre nombril pas égoïstement mais parce que quiconque se porte bien intérieurement n’a pas besoin d’aller taper sur son voisin ni de voter Trump ! Voilà, c’est en ça que je crois   .   .   .   Mais qu’est-ce que je raconte et quel est le rapport avec Johnson. Aucun si ce n’est une tentative ratée de pastiche.

Reprenons… Johnson donc : je me souviens, je sortais de la bibliothèque avec Johnson, Lafargue et je ne sais plus qui, celle qui a écrit « Rage ». J’étais à l’arrêt de bus, celui qui se trouve sur une voie réservée en face de l’oculiste et de cette publicité pour les verres anti-reflets. Pourquoi cet arrêt-là d’ailleurs, ce n’est pas celui de la bibliothèque   .   .   .   Je ne sais plus, tant pis. Je me suis assise, j’ai ouvert le « Chalut » de Johnson, j’ai lu la préface, bien, ça commence bien. Ça me ressemble, ça fait partie de mes réflexions : comment écrire, rende compte du flux de mes pensées, souvenirs et toutes ces choses qui me traversent. Le bus est arrivé, j’ai refermé le livre, je suis malade lorsque je lis dans le bus. Pourtant, j’aurais dû, ça m’aurait rapproché encore davantage de Johnson et de sa violente naupathie (fallait bien que je le place celui-là, histoire de montrer que j’ai appris un mot).

Allez, c’est bon, je ne vais pas écrire l’article entier sous cette forme, ça n’a aucun intérêt. Voyons plutôt ce que j’ai ressenti lors de cette lecture   .   .   .   Sur le moment, beaucoup de curiosité pour le style, pour ce qui est dit, pour cette apparente banalité de ce que Johnson a vécu et raconte. Quoique l’évacuation de Londres tout de même, vivre sans ses parents, pas si banal. Tiens, d’ailleurs, c’est le seul moment du livre où j’ai failli me lasser, trop long ce passage à High Wycombe ou était-ce moi qui avait la tête ailleurs ? Possible, car après quelques pages, j’ai replongé, ne lâchant le livre qu’avec regret, me surprenant même à y trouver une sorte de suspens : mais que cherche-t-il donc ce Johnson, là sur ce chalutier, malade comme un chien, farfouillant dans ses souvenirs, les étalant et les dépliant devant nous comme si une aiguille y était cachée, quel est le but de tout ça ?

« C’est pour ça que je suis ici, filer les mailles étroites du chalut de mon esprit dans le vaste océan de mon passé. »

Et à quoi bon ces longues descriptions de son mal de mer, de la pêche, des éviscérations ? Passionnantes d’ailleurs, ce qui m’étonne encore vu ce que je pensais être mon faible intérêt pour tout cela. Descriptions « secouantes » aussi, m’ont valu quelques grimaces, heureusement sans aller jusqu’au haut le cœur   .   .   .   Je disais donc à quoi bon cette logorrhée de Johnson, tous ces détails, ce travail d’introspection ? Il est clair que je ne vous en dirai rien, à vous de le lire, de le découvrir. Ce que je peux vous dire c’est que la fin m’a d’abord rendue perplexe, m’a peut-être même un peu déçue  .   .   .   non, pas déçue, surprise, du genre « tout ça pour ça », du moins en instant premier. L’instant second (et tous ceux qui ont suivis), ça a plutôt donné ça : mon dieu, quelle justesse, j’aurais presque envie de dire quelle vérité si je ne détestais pas ce mot !

Voilà, c’est ça, justesse du propos, de toute cette quête qu’il accomplit, de sa façon de l’écrire et d’en rendre compte, et surtout justesse de sa conclusion. Du moins, est-ce comme ça que je le vis. Pas pu m’empêcher de le comparer à Manuel Candré « Autour de moi » : les deux plongent dans leurs souvenirs, dans des conditions toutes différentes et en ressortent avec des matériaux assez éloignés : en caricaturant, Johnson cherche le concret, l’objectif, retranscrit avec précision les faits alors que chez Candré, il y a ce travail des profondeurs, de l’intérieur, de l’émotionnel   .   .   .   Et pourtant, autant de justesse et de remuage de tripes chez les deux…

Que dire de plus ? Que c’est donc le genre de livre qui travaille au corps et ce, même plusieurs jours après l’avoir refermé. Ou encore que je suis impatiente de lire sa biographie écrite par Jonhatan Coe et puis, bien sûr, ses autres romans. Oui, voilà, je pense que ça devrait suffire à vous donner une idée de mon degré d’appréciation du livre…

B.S. Johnson, « Chalut », traduit de l’anglais par Françoise Marel, Quidam Editeur, 2007.

Manuel Candré, « Autour de moi », Éditions Joëlle Losfeld, 2012.

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