Jérôme Lafargue – « Dans les ombres sylvestres »

« Dans les ombres sylvestres », c’est d’abord une forêt, une dune, un océan. C’est la nature ancestrale, solide, englobante et mystérieuse. Et belle bien sûr, si belle… si attirante que depuis cette lecture, je rêve de ces Landes dans lesquelles je n’ai jamais mis les pieds…

« Dans les ombres sylvestres », c’est la complexité humaine, ce dualisme intrinsèque à chaque être humain, cette cohabitation de ce que l’on appelle le bien et le mal. C’est plus simplement le foutoir de la vie et du monde, ce côtoiement parfois si rude et incompréhensible du beau et du bon avec les pires horreurs.

« Les processus de civilisation et de déshumanisation chevauchent côte à côte dans une poussière aveuglante, et les moments où celle-ci vient à se dissiper, on prend le temps de constater ce qui de la lumière des visages bienheureux ou de la roideur des cadavres déchiquetés l’a emporté cette fois-là. »

Et puis « Dans les ombres sylvestres » c’est un sacré livre d’ambiance comme j’aime à les nommer. De ceux qui, par leurs mots, parviennent à me plonger corps et âme dans un autre espace-temps et qui me font physiquement ressentir sensations et émotions. De ceux qui, à l’instar du « Portique du front de mer » de Manuel Candré ou de « Pas Liev » de Philippe Annocque, ont cette capacité à m’entraîner dans leur univers où je me sens flotter… ou plutôt forcée à flotter/lâcher-prise face à une certaine incompréhension, un certain mystère : puisque ma tête ne peut tout saisir, elle cède la place au corps et au cœur qui n’attendent que ça pour se laisser immerger, porter et envahir dans et par ces mondes parallèles.

« Ma seule croyance est que certaines choses valent davantage que les efforts que l’on consent pour les expliquer. Elles nous commandent, et se laisser gagner par l’émerveillement et l’angoisse qu’elles nous balancent à la gueule est déjà bien suffisant. »

Enfin, « Dans les ombres sylvestres » c’est une langue s’ajustant parfaitement à tout cela : belle, poétique et imagée, ensorcelante et envoutante.

« Dans les ombres sylvestres » est ce livre qui m’a tenu en haleine (Dieu que je n’aime pas devoir patienter que la vie ait fait son office pour reprendre ma lecture) et qui m’a instillé une sensation de malaise jusqu’à me suivre dans mes rêves. Ce livre dont j’ai dû me dire avec conviction qu’il s’agissait uniquement d’un roman tant il avait semé en moi ce goût d’étrangeté inquiétante.

Jérôme Lafargue, « Dans les ombres sylvestres », Quidam Editeur, 2009.

Manuel Candré, « Le portique du front de mer », éditions Joëlle Losfeld, 2014.

Philippe Annocque, « Pas Liev », Quidam Editeur, 2015.

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