Miguel Duplan – « Un long silence de carnaval »

Souvenez-vous :

  1. Cela fait un mois que je suis entrée dans le catalogue Quidam en souhaitant en faire le tour.
  2. Mes deux dernières lectures m’ont, en partie, déçue.
  3. Je suis mal ! Je n’aime pas, mais vraiment pas, donner un avis ne fut-ce que partiellement négatif sur un livre… En même temps, en me lançant ce défi, je devais bien m’attendre à faire quelques rencontres mitigées.
  4. Que vais-je faire ? (suspense) (Plume 64. « Pensées en boucle de ce jour »)

Eh bien, je vais vous parler de ces deux livres qui m’ont légèrement déçue. D’ailleurs, est-ce le bon mot ? Ne suis-je pas devenue trop exigeante à force de lire d’excellents livres ces dernières semaines ? En ai-je oublié ce qu’est une vraie déception de lecture ? Je pense que oui… Car, de fait, je suis passée à côté (ou en dessous) de certaines phrases voire pages et en même temps, j’ai goûté la beauté des autres et je me suis plu aux côtés des personnages… Alors ma grande, cesse de demander la perfection et n’aie pas peur de dire ce qui t’a échappé ! (Plume 65)


Voilà, c’est foutu. J’étais presque contente de n’avoir que moyennement apprécié mes deux dernières lectures du catalogue Quidam. Je me disais : ça va commencer par devenir louche ton amour pour tous leurs livres, vont te traiter de vendue (qui ça ? je ne sais pas : eux)… alors c’est bien, tu vas leur montrer que tu ne l’es pas !

Sauf que la vie passant par là, a voulu me rappeler à l’ordre ou me rappeler tout court certaines choses : un premier essai de lecture non quidamesque et v’là que Marie Frering, c’était bien dis-donc… deuxième essai avorté de lecture non quidamesque… et peut-être que Miguel Duplan aussi tout compte fait… je m’en vais relire les passages obscurs… presque toujours aussi obscurs mais pas tout à fait… et puis surtout, je l’aime bien cette obscurité chantante. Oui, je l’aime bien !

En tout cas, je la préfère nettement à la linéarité et le « on vous dit tout » des récits plus dans l’air du temps et grand tirage. Qu’est-ce qu’ils m’ennuient à vouloir tout m’expliquer, à faire comme si tout était clair et à ne parler quasiment qu’au sens propre…

Ça ne colle pas, non ça ne colle pas : la vie elle, elle n’est pas cela ! La vie, comme certains livres, est exigeante, floue, obscure, elle se cache parfois et c’est peut-être bien ce qui la rend si attirante et si belle… comme certains livres ! (Plume 66)


Avec le livre de Miguel Duplan ma courbe d’intérêt et de compréhension au fil de la lecture s’est avérée décroissante (c’est ici que l’on voit que j’ai été sociologue quantitative dans une autre vie) pour ensuite re-croître une fois le livre refermé et relu par petits bouts. Je vous explique :

Dès le départ, je suis entrée dans le récit et ai été happée par les pensées de son narrateur policier à Cayenne. Ce personnage torturé, menant une double vie, semble souvent comme déconnecté de la vie, ne sachant comment y prendre pied ou préférant la survoler de loin… J’ai beaucoup aimé la langue chantante du texte qui évoque si bien le créole et l’ambiance des îles (d’autant plus étonnant que je n’y ai jamais mis les pieds).

« Tu es là comme lala et sans rien dire. Et quand tu dis quelquefois, tu dis toujours pour ne rien dire. »

Et puis, soudain est arrivé un personnage qui apparemment fascine le narrateur : le « Poète » et j’ai comme perdu pied moi-même (tiens, intéressant…) : son parler décousu, sans ponctuation, d’où le sens émerge difficilement, voire pas du tout, m’est resté obscur, le contact s’est brisé, j’ai passé des pages, me suis reprise d’intérêt pour le personnage principal et me suis reperdue à la fin…

Plus tard, j’y suis revenue, j’ai relu les pages du Poète, je les ai à peine davantage cernées… mais j’y ai trouvé un chant, une litanie, un mystère ensorcelant et aussi ce bout de phrase du Poète lorsque qu’il parle de ses propres lectures poétiques de son enfance :

« quelquefois je n’en avais pas peur et pourtant ça ne rigolait pas dans ma cervelle tempête et beauté il y avait des brumes souvent des clartés si peu mais l’inextricable poésie pour tout le temps et mes soupçons aussi et ça s’ajoutait tellement. »

… on aurait presque envie de l’entendre ce Poète… et de continuer à perdre pied à ses côtés…

Miguel Duplan, « Un long silence de carnaval », Quidam Editeur, 2010

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