Julien Bosc – « Le Corps de la langue »… et ma peur de la poésie

« Le Corps de la langue », long poème érotique, les sens et le sexe sont en éveil… le livre est lu et relu, refermé et là… la peur, la peur de parler de ce texte, la peur d’être à côté de la plaque, moi qui n’y connais rien en poésie… et je me suis dit : raconte, dit, explique ta peur… je parie que tu n’es pas la seule, que bien d’autres se sentent intimidés, bloqués, apeurés… incapables face à ce monstre qu’est la POÉSIE ! Ou même pas, peut-être en sont-ils encore comme toi il y a peu, au stade du rejet, du « de toute façon, c’est nul, incompréhensible, pas pour moi ! »

Vas-y, raconte, ton histoire, ton vécu face à cette drôle de chose appelée la poésie !

Eh bien la poésie c’est, d’abord, l’école secondaire (niveau lycée) et ces analyses de texte, les poèmes vus comme des objets métriques à compter et décompter, au mieux y voyait-on des métaphores, des images à… analyser… avec la tête s’il vous plaît ! Du formel que du formel ! Si, si, c’est ça que l’auteur voulait dire ! Je le sais, c’est tout ! Mais ma tête à moi, elle n’y comprenait rien ou pas grand-chose, elle se demandait sans cesse : et si l’auteur avait voulu dire autre chose… ou ne rien dire ? Et puis, pourquoi ce parler obscur, ils ne pouvaient pas dire les choses clairement ? C’est nul à la fin, ce fourbi incompréhensible, mon esprit cartésien n’y a pas accès… et le reste non plus… En même temps, personne ne pense à me dire que la poésie ne s’adresse peut-être pas (qu’)à ma tête…

La poésie est donc restée pendant presque 20 ans ce machin lointain, obscur, « pas pour moi et ma logique ». Je la dénigrais, réflexe classique de celle qui se sent rejetée, exclue : attaquer pour se défendre, se protéger.

Heureusement, la poésie est maligne, elle sait se faufiler, avancer masquée et se cacher dans des textes romanesques. Heureusement, les analyses formelles de l’école n’ont pas réussi à m’éloigner de la littérature (presque… mais non, elle est revenue au galop à peine quelques années plus tard) et la littérature, elle, elle aime la poésie. Elle aime les mots, elle connait leur pouvoir, elle sait qu’il ne parle pas qu’à la tête, elle sait les utiliser pour toucher le corps et le cœur, dessiner des sensations et des émotions brutes. La vie aussi parfois aide à ouvrir le cœur… Alors petit à petit, au fil des ans, j’ai commencé à goûter à la poésie, du moins celle qui se cache dans les romans et les récits… et puis, des poèmes, des vrais, me sont tombés sous les yeux… ils m’ont émue, touchée, j’ai réalisé que peu importe que ma tête comprenne ou pas… ce qui compte (vraiment) c’est les sensations, c’est ce que les mots éveillent en moi…

Pourtant la peur est toujours là, la peur d’en parler. C’est que je ne connais pas les mots, les beaux, les « vrais », les scientifiques/littéraires qui feraient de moi une connaisseuse, une experte. D’ailleurs, je n’ai peut-être rien compris à ce que l’auteur voulait dire… Oui, cette peur-là, elle reste !

Mais au fond, tant pis, je me fiche de tout ce vocabulaire qui de plus, si j’y réfléchis, a sûrement contribué à me maintenir éloignée de la poésie. Je n’en veux pas. Et tant pis, si je n’ai rien compris à ce que l’auteur voulait dire, c’est ma liberté de lectrice, non ?

D’ailleurs me suis-je seulement demandée ce que Julien Bosc avait voulu dire ? Non, j’ai simplement lu et goûté les mots, leur choix et leur mise en forme… en corps. J’ai surtout ressenti leur effet sur le mien de corps : je lisais et j’ai senti ce petit serpent en moi, au niveau du vagin, s’enroulant tout autour et le serrant… parfois ce petit serpent montait vers ma poitrine pour une brève caresse – dedans et dehors – et repartait, redescendait… il s’allongeait, s’étirait jusqu’à enlacer et mon cœur et mon sexe… il comprimait tant mes poumons que mon souffle en devenait court… et toujours plus fort autour de mon vagin… Et cette sensation/vision d’une lente érection et d’une violente éjaculation finale… éjaculation libératrice… de mots et de liquide…

Edit : j’ai oublié de vous dire la beauté de ce texte et la beauté du sexe qu’il transmet. Malgré une certaine violence des rapports sexuels, j’ai été touchée et émue par tant de vie… et oui, de beauté…

Julien Bosc, « Le Corps de la langue », Quidam Editeur, 2016

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