Bruno Testa – « L’adoption »

Avec ce court roman de Bruno Testa, j’ai à nouveau eu l’impression de déguster une douceur Quidamesque, de celles qui ont plusieurs couches : de la plus acidulée à la plus sucrée, du rire franc dû à un humour caustique à l’émotion tendre.

Le narrateur de ce récit nous raconte le parcours d’un couple souhaitant adopter un enfant, en France puis en Colombie. Il oscille, dans un premier temps, entre un net scepticisme et de la résignation face à la volonté de sa compagne, ce qui nous vaut des pépites d’humour :

« C’est bien ce que je disais, les emmerdes qui commencent. Tout ça, pour avoir une présence dans la maison ! À choisir, tout de go, je préférerais un lémurien. Une apparence humaine, mais sans ostentation, affectueuse, qui se contente de bananes et de fruits, et pas des petits pots de la pharmacie. Et un chien finalement, pas un berger allemand ni un pitbull, un bâtard simplement, ça serait pas aussi bien ? Marie-Ange fulmine. Elle ne se sent pas d’amour maternel pour les chiens. C’est son côté humanocentriste à tout crin. La création ordonnée autour de l’Homme, un point c’est tout. »

Avec son autodérision et son regard ironique (parfois cynique même), il réussit à transformer une expérience que l’on soupçonne éprouvante en un récit drôle et lumineux.

A propos de réunions des parents d’enfants adoptés : « Pour un peu, je pataugerais dans l’Amour, glisserais sur une remarque bienveillante, me casserais le tibia de la méchanceté, le col du fémur de la médisance. Ce n’est qu’une fois dehors que je respire enfin, heureux de retrouver des gens laids qui n’aiment pas leur prochain, par avance indulgent envers celui qui me foutra une beigne… »

Lumineux et tendre car petit à petit, l’armure et le détachement du narrateur se craquèlent, son cœur s’ouvre et pour ma part, une émotion chaude et douce s’est jointe aux rires.

« Elle nous prend par la main sans nous lâcher, avec un sourire plein de confiance, une petite main sans méfiance, une main qui pèse tout le poids du monde. C’est à cet instant que mon cœur commence à se liquéfier. »

Bruno Testa, « L’adoption », Quidam éditeur, 2005.

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