Isabelle Flaten – « Lettre ouverte à un vieux crétin incapable d’écraser une limace »

Il existe aux éditions Le Réalgar, une série de livres brefs (25 pages à peu près), de « lettres ouvertes » s’adressant tantôt au cours naturel des choses, tantôt à un banquier, tantôt à un vieil incapable…. La plupart m’attendent sagement dans ma bibliothèque mais d’après les trois que j’ai déjà parcourus, je peux dire qu’ils sont riches et denses ces petits livres et qu’ils m’ont tous invité à une relecture, chose que je n’ai encore pu faire que pour l’un d’entre eux :

Dans « Lettre ouverte à un vieux crétin incapable d’écraser une limace » (déjà, on se régale avec le titre) Isabelle Flaten s’adresse, de façon plutôt dure, à un homme de la génération d’après-guerre… A moins que ce ne soit cet homme-narrateur qui s’adresse à lui-même ? C’est comme ça que j’ai choisi de le voir car j’y ai reconnu cette façon assez rude et pleine de reproches avec laquelle nous nous tapons parfois dessus.

Cet homme donc se blâme, s’accuse, voire s’invective pour son manque d’activisme, sa lâcheté, ses belles paroles et idéaux qui n’étaient finalement que ça : des mots, du vent !

« C’est vrai que tu n’étais pas le dernier à ouvrir le gueuloir, mais de là ne sortaient que du vent, des propos qui ne trompaient personne, sauf toi-même, car dans tes veines ne grondaient ni la faim ni la soif inhérentes à la révolte. »

Et comme dans les autres livres d’Isabelle Flaten, j’ai aimé cette façon si juste, si profonde, si humaine qu’elle a de dépeindre nos petites et grandes contradictions, nos dissonances, ce que deviennent nos rêves et utopies quand ils se confrontent à nos limites et faiblesses d’êtres humains… Il y a quelque chose de si universel et de « si bien vu » !

« Parce qu’en vérité, tu es malheureux d’avoir abandonné ton utopie, au fond de toi persiste, et se rappelle parfois à ton esprit avec insistance, une petite parcelle d’idéalisme ne demandant qu’à être cultivée et qu’à défaut tu caresses encore bien souvent dans la douceur d’un soir de nostalgie ou dans la lumière bienveillante d’une aube printanière. Le rêve alors reprend là où tu l’avais laissé, au beau milieu d’une phrase inachevée, et tu ne te résous pas à y mettre un point final. Cela équivaut à te rendre à ta triste condition humaine constituée d’individus à la perfectibilité limitée, à l’immobilisme avéré, et dont on ne peut rien espérer au-delà d’un certain raisonnable, au risque de passer pour fou. »

Et puis, elle nous parle aussi de l’évolution de nos sociétés : de ce qu’étaient les années et les croyances d’après-guerre, cette période d’orgie et de paix et de ce qu’elles sont devenues aujourd’hui dans ces temps de guerre et de peur, cette peur qui pèse tant sur nos idéaux…

Isabelle Flaten, « Lettre ouverte à un vieux crétin incapable d’écraser une limace », Éditions Le Réalgar, 2016

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