Isabelle Flaten – « Les empêchements »

Mon côté monomaniaque (vous savez, celui qui me fait lire tout le catalogue d’un éditeur ou d’un auteur) et celui qui essaye d’être sérieux (quand on interviewe quelqu’un, on lit ses livres !) m’ont conduite à lire plusieurs livres d’Isabelle Flaten à la suite et à m’interroger avant d’écrire mes impressions : comment ne pas me répéter alors que la lire me fait toujours le même effet : je suis épatée, admirative… et même un peu jalouse ? Et la réponse fut : en n’essayant même pas ! Radote, Alix, laisse parler ton côté marteau (non, non, pas la folle mais celle qui aime enfoncer des clous) !

Quand je lis, Isabelle Flaten, ma petite voix ne cesse de bourdonner : mais comment fait-elle pour être si juste, pour dépeindre si parfaitement l’intériorité de ses personnages, de cette foule d’êtres humains si variés ? Comment fait-elle pour, d’une part, se relier à ce point aux autres et pour, d’autre part, trouver les mots, les métaphores, le style qui collent si justement et qui nous font sentir et voir ces états d’âme de façon si… juste ? (je vous promets, j’ai cherché un synonyme à « juste » mais non, rien n’est ajusté à la justesse d’Isabelle).

Dans ce recueil de nouvelles, elle s’attaque à nos petites névroses, ces comportements qui nous bloquent au quotidien allant parfois jusqu’à nous empêcher de vivre, ou en tout cas, de vivre comme on le souhaiterait. Elle nous les fait vivre, ressentir et parfois, elle soulève le voile pour aller voir ce qui se cache derrière, les blessures et les croyances qui en sont à l’origine.

« Avant les hommes n’existaient pas, dans sa vie il n’y en avait pas (…) Dans celle des autres, souvent, ils étaient là : elle se demandait à quoi ça servait mais sans le demander : avant la question, il y avait déjà le malaise. Elle voyait bien que ça pouvait servir ; mais à quoi, toujours pas. »

Ce qui m’a semblé également si juste dans ce livre (comme dans les autres), outre le talent de l’auteure pour débusquer et décrire ces petits empêchements, c’est cette complexité si humaine qui fait de nous des êtres à la fois blancs et noirs, à la fois doux et durs, à la fois victimes et bourreaux…

« Mais la jalousie est un drôle d’animal, qui tâche la moindre parole d’une encre venimeuse. Un mélange de poulpe et de cobra, qui n’a pas besoin de consonne sifflante pour se montrer virulent. »

Et puis, il y a certaines nouvelles, certains motifs qui m’ont tout spécialement parlé : « Son plaisir » qui, mine de rien, affirme le désir sexuel des femmes (j’aime quand une femme écrit sur le désir féminin, enfin, je m’y reconnais) ! Ou encore « Son père » qui touche si profondément à une blessure d’enfance que j’en étais bouleversée. « Son hésitation », qui m’a semblé très familière à moi, douteuse devant l’éternel. Et la dernière nouvelle, « Leur miracle », si belle, de la vie à l’état pur…

Isabelle Flaten, « Les empêchements », La dernière goutte, 2012.

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