Isabelle Flaten – « Les noces incertaines »

Point de nouvelles ici mais un roman dans lequel Isabelle Flaten s’amuse à filer la métaphore. Je peux bien vous le dire, c’est elle-même qui a utilisé l’expression en me parlant des « Noces ». Alors, il m’a fallu un peu de temps pour entrer dedans, oui, car les métaphores ce n’est pas mon fort (je sais, c’est mauvais mais ça repose de s’autoriser à l’être). Il m’est arrivé, en début de lecture, de quelque peu grommeler dans ma barbe inexistante : « là, c’est un peu trop ! ». Et en même temps, il faut le dire, c’est beau :

« Après elle se blottit dans les bras de son homme et ainsi enlacés ils font des petites bulles de bonheur pleines de mots doux et d’effleurements délicieux qui les recouvrent entièrement de plumes. »

Et puis, c’est un livre d’Isabelle Flaten avec tout ce qui m’enchante chez elle, auquel s’ajoute une petite dose de « mais-comment-cela-va-t-il-finir-qui-fait-tourner-les-pages » ! Dans ce roman, il y a un homme et une femme (enfin, entre autres). Ils se retrouvent, revivent une relation, vont se marier… jusqu’à ce que le passé ne les rattrape. Comment se dire les choses, que faire de la culpabilité et de cette histoire envahissante ?

« Mais que sait-on avant d’avoir appris, si ce n’est qu’il faut quand même aller au charbon et risquer d’en ressortir pas très fier de soi, tout noir même parfois, barbouillé de traces abyssales, marqué au fer des casseroles trainées en chemin, puis se forcer à regarder dans leur fond à quoi on ressemble sans faire la grimace, et faire comme si on n’était pas trop vilain, jusqu’à envisager de briser le miroir d’un poing vengeur et rêver de se bricoler une beauté à la force du poignet, imaginer qu’alors tout peut recommencer, qu’il suffit de se glisser dans le temps renouvelé de l’ignorance et l’oubli. »

J’y ai retrouvé avec plaisir le talent d’Isabelle Flaten pour sonder l’intériorité torturée de ses personnages, ou encore ses petits messages plus ou moins implicites sur le féminisme, la complexité de la vie, de notre société et bien sûr, de l’humain avec cette compréhension empathique qui en découle. Oui, définitivement, je pense que si j’aime tant la lire c’est qu’elle me remet gentiment à ma place, elle me rappelle que rien n’est simple (surtout pas nos comportements !) et qu’il peut donc être intéressant de se retenir de juger trop rapidement !

« … Antonin, plutôt une bonne pâte qui s’assouplit facilement quand on le pétrit avec délicatesse. Il agit le plus souvent en sous-marin, pour éviter les vagues et la houle. C’est un homme d’eau douce, il la laisse filer sous les ponts sans la retenir, car il le sait trop bien maintenant, qu’une erreur ne se rattrape pas, mais il est rêveur aussi, et tant qu’il pourra s’accrocher aux étoiles, cela n’aura pas d’importance. Rosalie est d’une autre trempe, forgée dans le feu de l’action et elle bout quelque fois pour pas grand chose, un silence prolongé ou une heure somnolente. Elle est toujours en mouvement, il faut l’aimer pour la suivre mais ses pas sont tendres, feutrés dans ceux de l’autre, prêts à tout enjamber, le vide et le passé, pour avoir les ailes du désir. »

Isabelle Flaten, « Les noces incertaines », Peintures de Jean-Luc Brignola, Éditions Le Réalgar, 2014.

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