Fabien Maréchal – « Dernier avis avant démolition »

D’accord, c’est bon, je suis convaincue ! Il est temps que je me mette à lire davantage de nouvelles et de recueils en tout genre d’ailleurs, il n’y a pas que le roman à la fin ! Après Isabelle Flaten, c’est Fabien Maréchal qui m’a offert un très agréable moment de lecture avec son livre « Dernier avis avant démolition ». Totalement à mon goût en tout cas ces cinq nouvelles : de la révolte affadie ou amère avec son lot de réflexions et d’interrogations, du style un brin cru, de l’humour avec une pointe d’acidité, de l’humain bio ou industriel, des nouvelles parfaitement cuisinées avec le rythme et les chutes qui leur sied !

« C’est un chat, un anarchiste de droite jouisseur et égoïste. »

Des nouvelles donc, qui nous happent d’entrée de jeu et qui explorent nos contradictions humaines au travers de la chute du communisme en parallèle à celle d’un homme et d’un immeuble, d’une possible erreur croisée de casting conjugal, d’un retour à la nature monomaniaque, d’une gestion démographique futuriste angoissante et d’une lutte syndicale au déroulement curieux.

« Il n’est qu’un comédien, celui qui tient le rôle de syndicaliste, de même que dans toute entreprise il existe un type qui tient le rôle du syndicaliste et se chicane avec le big boss sur la longueur de leurs tirades respectives. A cet instant, dans un sous-sol du KGB, avec une lampe de deux cent watts en pleine tronche, il ne lui faudrait pas longtemps pour avouer qu’il est un complice du patronat, que c’est grâce à des gens comme lui que le patronat peut continuer à exploiter le travailleur, parce que lui, François Rawkiewicz, permet de donner l’illusion d’un rapport de forces et donc d’une légitimité des décisions prises par le patronat : si on a le droit de les contester, si un Rawkiewicz a le droit de militer pour la grève, comment voulez-vous appeler ça une dictature ? Toujours plus facile de savoir contre qui on se bat que pour quoi on se bat. »

Des nouvelles qui nous parlent des travers de notre monde, de nos espoirs et désenchantements, de nos humaines incohérences et failles si justement dépeintes.

« Les humeurs de sa femme, les conditions objectives d’un mouvement de masse, l’aveuglement du libéralisme… Ces incompréhensions qui l’accablent sans cesse laisse François désemparé, faisant renaître à tout moment la sensation qu’il a éprouvée un jour d’été, enfant, quand une vague l’a renversé et roulé jusqu’à la plage : il est désarticulé, il a peur, il a besoin de respirer mais il garde la mâchoire verrouillée pour ne pas boire la tasse. S’il crie, il crève. »

Des nouvelles tantôt drôles, tantôt tristes qui m’ont fait osciller entre attendrissement ou sympathie et pointe de découragement… voire d’horreur (« Le Grand Départ » tout de même, quelle idée !).

Fabien Maréchal, « Dernier avis avant démolition », Antidata, 2016

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